La pratique de Lucille Uhlrich trouve sa source dans le silence originel de l'enfance. C'est dans le retrait de ce mutisme premier qu'elle élabore les graphèmes d'un langage secret par lequel le sens affleure et se nuance incessamment dans le déploiement de rébus polymorphes et mouvants qui invitent à une compréhension intuitive et joueuse.

Son travail a été notamment exposé au Centre d’art des Capucins, à La Villa Noailles, dans les galeries  Louis Lefebvre, High Art, et Florence Loewy. A Londres également: dans le programme d’Oli Epp puis celui d’Unit One Gallery. A la foire d‘Istanbul, au Hanarart Festival à Tokyo, au Lace à Los Angeles, elle a aussi participé à des expositions institutionnelles au Palais de Tokyo, à La Villa Arson et à Betonsalon.

 

Üràlt

Exposition personnelle curatée par Anissa Touati à la galerie Louis Lefebvre

Ces derniers mois, Lucille Uhlrich s'est installée à la lisière de la forêt de Saverne qui s’étend sur le versant alsacien des Vosges et des champs, à la frontière entre la France et l’Allemagne. Cette forêt regorge de vestiges archéologiques des périodes néolithique, gallo-romaine et du haut Moyen Age, et de rochers portant les légendes des cosmologies germaniques. Lucille Uhlrich trouve dans cette forêt une matrice régénératrice, un réveil archaïque, des sentiments familiers pour une nature à la fois support du vivant et prédatrice.
L’artiste expérimente un retour aux origines géographiques et familiales, pourtant source de son mutisme dans l’enfance: l’impossibilité alors de parler sa langue maternelle. Une langue en voie de disparition, une bibliothèque qui brûle où chaque mot va bientôt s’éteindre. Enfant, elle a préféré le silence. Un "mutisme sélectif" qui a galvanisé  sa pratique artistique, un langage où le sens ne s’installe pas, comme un rébus évolutif où l’écriture et le regard se ressemblent.
L’exposition Üràlt, de l’alsacien depuis la nuit des temps, contient étymologiquement le point de départ et l’âge, un sens qui ne dépend pas du temps : il est, tout simplement. Les œuvres de l’exposition mettent en place un langage où les formes ne se fixent pas. Elles sont dans un état d’indétermination entre un signifiant et plusieurs signifiés. Uhlrich associe des objets réels ou fantasmés produits, glânés, issus de son quotidien et de ses expériences. Tout se passe entre les lignes créant un passage de l’un à l’autre, un équilibre fragile. Lucille Uhlrich met en place une circulation des éléments et des formes : « J’aime les œuvres d’art poétiques, où quelque chose du langage est brisé, où la dénotation n'est pas verrouillée ».
Des baguettes de batterie, récupérées lors de son premier concert de rock et jetées par le musicien dans la foule, des larmes bleues en plâtre qui tombent et reposent sur le bout du nez d’une sculpture zoomorphe. Des larmes amovibles, comme des ornements, pour redéfinir notre relation à nos émotions : les porter et douter de leurs valeurs. Des formes marines indéterminées entre coquille, oreille ou bénitier interpellant nos jeux enfouis d’enfance où la corde et la perle ont perdu leur usage, mais nous rappellent une odeur familière, un souvenir, sans savoir vraiment lequel.
Toujours à la frontière entre deux endroits, entre deux mots, l’artiste trouve un équilibre dans une étrange fragilité. Et à nouveau, Lucille Uhlrich met en relation un simple contenant à petit bois, une tige de bambou, une goutte de cire d’abeille. Cette goutte est stylisée d’une infidélité à l’échelle et évoque nos jeux d’enfants, où les  éléments et les formes sont accentués par leur nouveauté : « Une pièce me laisse tranquille quand j'y trouve un étonnement qui dure ».
Puisqu’il est processus, le passage guide l’œuvre de Lucille Uhlrich invoquant le mouvement de la métamorphose, la possibilité un jour de devenir un autre. La pièce, Vase ex-voto évoque cette notion de transformation autour de matériaux dérisoires, objets fétiches de son enfance (un porte clef de PMU, une fausse pelure d’orange, une meule…) et d’un vase corne d’abondance troué en son centre. L’artiste met en tension liquidité et aridité, dans un mouvement semblable à l'activité ancestrale de guetter les pluies et les lunes. L’eau y est symbole d’un état transitoire entre des possibles encore informels et des réalités évidentes.
Une ligne bleue traverse les œuvres et l’exposition incarnant la fluidité d’une écriture. Qu’elle vienne des profondeurs, de la terre ou du ciel, cette ligne est empreinte d’un principe primitif,  l’idée de transformation et de devenir.
« Le passage est en nous, on le porte à l’intérieur de soi…Personne ne peut y échapper, il est là dès le début. Il ne vous lâche que quand vous partez, c’est comme la vie et la mort. »
extrait du film Passage de Juraj

Anissa Touati, janvier 2021

Üràlt

Solo show curated by Anissa Touati at galerie Louis Lefebvre

In recent months, Lucille Uhlrich settled at the edge of the forest of  Saverne which stretches on the Alsatian slope of the Vosges and thefields, on the border between France and Germany. This forest is fullof archaeological remains from the Neolithic, Gallo-Roman and HighMiddle Ages periods, and rocks bearing the legends of Germaniccosmologies. LucilleUhlrich finds in this forest a regenerating matrix, an archaicawakening, familiar feelings for a nature that is both a support forliving things and predatory.
Theartist experiences a return to geographic and family origins, yet thesource of her silence in childhood: the inability to speak her mothertongue. An endangered language, a burning library whereevery word will soon die out. As a child, she chose to be silent. A selective mutism that galvanized her artistic practice, alanguage where meaning does not settle down, like an evolving rebus in which writing and watching seem similar.

The exhibition Üràlt, in Alsatian since the dawn of time, etymologically containsthe point of departureand age, ameaning that does not depend on time: it simply is. Theworks in the exhibition set up a language in which forms are notfixed. They are in a state of indeterminacy between one signifier andseveral signifieds. Uhlrichassociates real or fantasized objects produced, gleaned, from herdaily life and her experiences. Everything happens between the linescreating a passage from one to the other, a fragile balance. LucilleUhlrich sets up a circulation of elements and forms: "I like poetic works of art, where something of the language is broken, where the denotation is not locked".

Drumsticks, collected from her first rock concert and thrown by the musician into the crowd, blue plaster tears that fall and rest on thetip of the nose of a zoomorphic sculpture. Removabletears, like ornaments, to redefine our relationship to our emotions:wearing them and doubting of their values. Unspecified marine forms between shell, ear or baptismal font calling out to our buried childhood games where the rope and the pearl have lost their use, butremind us of a familiar scent, a memory, without really knowing whichone. Alwayson the border between two places, between two words, the artist findsa balance in a strange fragility. And again, Lucille Uhlrich connectsa simple kindling container, a bamboo stalk, a drop of beeswax. This drop is stylized with infidelity to scale and evokes our childhoodgames, where elements and shapes are accentuated by their novelty: "A work leaves me in peace when I find astonishment that lasts".

Since it’s a process, the passage guides Lucille Uhlrich's work invokingthe movement of metamorphosis, the possibility one day of becominganother. The piece, Vase ex-voto evokes this notion of transformationaround derisory materials, fetish objects from her childhood (a PMUkey ring, a fake orange peel, a grindstone ...) and a cornucopia vase with a hole in its center. The artist puts liquidity and aridity intension, in a movement similar to the ancestral activity of watchingfor rains and moons. Water is a symbol of a transitional statebetween still informal possibilities and obvious realities. A blueline crosses the works and the exhibition embodying the fluidity ofwriting. Whether it comes from the depths, of the earth or the sky, this line is imbued with a primitive principle, the idea of transformation and of becoming.


"The path is within us, we carry it within ourselves… Since the beginning, no one can escape it. This will only let you go when you will leave, like life and death. "

from the film Passage de Juraj

Revue Ingmar, Subterranea, Camille Azaïs, galerie Florence Loewy, 2018


"What is a work of art, if not a constant negociation with colour, shapes, matter and meaning? If not a precarious line of time, passing from one frame to antoher through the artist? What does it mean to draw the first line? Lucille Uhlrich’s three dimensional collage emerges temporarily from the chaos of various found and handmade materials. For Subterranea, they become seeds captures between the airs and the dark frame of an opened ground."

"(...) Sa pratique de la sculpture qui n'est ni abstraite, ni figurative, mais poétique, et qui fait résonner dans la matière une impression fugitive."

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